Rencontre avec Panatrog, Hellboy fan

Vous pouvez toujours chercher hein. Ca sert à rien. Vous ne trouverez sur la toile aucun fan d’Hellboy arrivant à la cheville de Panatrog. Son érudition sur le HBverse, la flamme qui l’habite (et non Satan) et son désir de partager tout ça sont diablement jubilatoires. Rencontre.

JSPS – Hello Panatrog. Comment est née ta passion pour le démon cornu ?
Panatrog – Wesh tout le monde. Ma passion pour le démon pas très cocu m’est venue un beau jour de l’année 2000, lorsque mes yeux de lecteur de comics quelque peu désabusé (les super-héros, au bout d’un moment, ça ne me faisait plus vraiment rêver) croisèrent la couverture du premier volume de Hellboy (Les Germes de la Destruction) dans une librairie parisienne. Ce fut un véritable coup de foudre, que ce soit pour le fond (l’ambiance « guide du routard du folklore ») ou bien pour la forme (le trait iconique de Mike Mignola).
– Comment en es-tu arrivé à partager tout ça sur ton blog, Youtube et autre Facebook ?
Par frustration de ne voir aucun site ou blog dédié aux comics parler du démon cornu. Hellboy ne faisant pas partie de Marvel ou DC, il appartient à ce groupe assez « restreint » de séries qui galèrent un peu beaucoup à faire parler d’elles. Du coup, un beau jour de juillet 2007, j’me suis dit « et pourquoi est-ce que j’en parlerais pas ? Et tant pis pour le manque flagrant d’expérience ou bien d’affinité avec le monde et les codes du rédactionnel, on va avancer en sous-marin histoire de se prendre le moins de scuds possible. » Une ligne de conduite que je respecte toujours plus de 7 ans après l’ouverture du premier blog – c’est que tu peux très vite perdre des plumes sur le net.
Pour ce qui est des vidéos, tout a débuté à une époque où ce n’était pas encore la grande mode en France de déballer des paquets contenant des trucs de Geek ou bien de parler de comics. Du coup, là aussi ça a été en mode « freestyle » avec un format de vidéo changeant assez souvent pour au final donner quelque chose de pas terrible du tout. Disons que le gros problème lorsqu’on blogue et qu’on souhaite développer son truc comme un grand et de façon pertinente, ben vaut mieux se faire accompagner. Le fait que je doive gérer tout ça en solo donne assez fatalement un côté très très amateur à l’ensemble de mon boulot sur la toile. Et même si je ne cherche pas la gloire et la célébrité, ça reste assez frustrant pour moi, de clairement voir mes limites de rédacteur et de Youtuber et de ne pas pouvoir y faire grande chose par manque de temps et de moyens. Mais bon, le fun étant quand même là, j’espère que chacun y trouvera son compte, que ce soit avec les actus, les dossiers ou bien les vidéos unboxing/reviews.
– Franchement, tu es dur avec toi-même, elles sont tops tes vidéos, ça fourmille d’infos et ta patate fait vraiment plaisir à voir !

httpv://www.youtube.com/watch?v=Pg_9mP3G0p4

– Puisqu’on est dans l’image qui bouge tiens, ton avis sur la version cinéma de Guillermo del Toro ?
Ben sincèrement, et sans vouloir trop faire mon fanboy de base, les deux films de del Toro sont très bons. Après, que des fans de l’oeuvre matricielle proclament ne pas avoir aimé les films car ils s’éloignent trop de la bédé, j’peux largement comprendre. Mais en toute honnêteté, comment del Toro aurait-il pu pondre un film qui respecterait l’intégralité de la charte graphiquo-séquentielle du Hellboy de Mignola ? Le bonhomme a tout tenté pour s’approcher au maximum de l’ambiance gothique de la série graphique en travaillant comme un dingue sur les jeux d’ombres et de lumières avec Guillermo Navarro (directeur photo), et ce dès le film « Mimic« , mais sans succès. Et cet exemple vaut pour pas mal d’autres pans du chantier qu’a pu représenter l’adaptation ciné de Hellboy.
del Toro Hellboy
Du coup, nous avons un premier film ultra référentiel au premier volume Hellboy, se reposant sur une histoire très ancrée dans la mythologie de l’oeuvre séquentielle, tout en traitant des thèmes chers à del Toro (questions sur l’identité, l’exclusion des « freaks », la jeune demoiselle d’1m50 qui va finalement défoncer tout le monde,…), et puis nous avons le deuxième film, qui prend le risque de s’éloigner complètement de l’influence de Mignola pour aller explorer l’imaginaire de del Toro. Perso, c’est mon préféré des deux. Avec ce film, nous avons la définition même de l’adaptation d’une oeuvre… et ce d’un médium à l’autre : l’assimilation totale de l’univers diégétique de l’oeuvre de base pour un traitement plus personnel qui donnera naissance à une oeuvre forcément/fatalement différente et éloignée de tout ce que les fans auraient pu s’imaginer.
Soit on prend des risques, soit on en prend pas. Mais comme je le disais plus haut, ceux qui n’ont pas aimé les deux films, les estimant trop éloignés de la bédé et donc de leur fantasme personnel de ce qu’aurait du être l’adaptation, ne me verront jamais piquer une colère because « je suis un geek fini fanatique du démon cornu« . Pour le coup, je comprends parfaitement les différentes objections des fans vis à vis du boulot de del Toro. Bref, tout ça pour dire que, perso, j’ai grave aimé les deux premiers films (ainsi que les deux films animés toujours supervisés par le monsieur) et que j’ai grande hâte qu’un troisième volet voit un jour… le jour !
– Revenons au comics. Une histoire favorite ?
Comme 90% des fans, je répondrais « The Corpse » ! Parce que c’est tout simplement l’histoire de Hellboy ultime avec un découpage réglé au sécateur, un travail effectué sur l’encrage tellement badass que la bédé donne l’impression d’avoir été marinée dans un encrier pendant deux jours avant qu’une rotative de Dark Horse ne vienne essorer le tout. Et puis l’histoire est typiquement dans la veine des meilleures histoires de Hellboy, dont la substance aurait été pompée sur les meilleures histoires de Conan ou de Solomon Kane – on prend un gars, on lui fait vivre un truc sans qu’il ne comprenne ce qui est en train de lui arrivé et on boucle le tout avec un gros cliffangher bien putassier.
Hellboy the corpse
– Un personnage préféré dans la saga ? Le meilleur méchant ?
En voilà une question qu’elle est difficile à gérer psychologiquement. Pour le personnage, je dirais l’agent Howards – du moins en ce moment. Ce bonhomme peut se résumer en un espèce de bonhomme se trimbalant avec des lunettes de « soudeur » sur le bec et une vieille épée hyperboréenne sur l’épaule. Le mec est tellement flingué de la tête qu’il se balade en marcel, sans armes à feu et qu’il gère ses affrontements en mode « Ninja Gaiden ».
– Mince, je le connais pas (pas encore) celui-là. Pour ma part, j’avais un petit faible pour Roger, disparu bcp trop vite (suis très fan du B.P.R.D.)…
Pour ce qui est du meilleur méchant, je dirais Kroenen pour le film Hellboy (t’as juste à voir la dégaine du mec pour avoir envie d’être la mère de ses enfants…même si t’es un mec) ainsi que la Flamme Noire pour la partie séquentielle du HBverse (une espèce de squelette sapé en nazi, dégageant de la fumée noire – pas la toute moisie de la série Lost; non, celle-là, elle fout les miquettes – et pouvant voler et balancer des éclairs. Après, c’est pas évident de choisir tant le casting de cette série est juste énorme, disons que ça change régulièrement et qu’un personnage peut très vite en remplacer un autre dans le cœur des fanboys.
kroenen maskless bust

Un buste de Kroenen sans son masque (Double Secret), Abe Sapien 1:3 ou le bon vieux Samaritan (Sideshow)… Quelques-unes des très belles pièces de l’incroyable collection de Panatrog.

– Un dessinateur de la saga Hellboy préféré, outre Mignola ? Perso, j’adore Guy Davis (je sais que c pas l’avis de tout le monde…)
James Harren, le petit nouveau du HBverse officiant actuellement sur l’ongoing « B.P.R.D. Hell on Earth« . Ce gars là est  pour moi une sorte de Dieu vivant du 9ème art, capable d’offrir aux lecteurs des cases d’un dynamisme tout bonnement hallucinant, et ce grâce à la multiplication des points de vue. Une révélation séquentielle, tout simplement ! Un trait lorgnant du côté du manga, nerveux, détaillé et Ô combien agréable à l’oeil du lecteur.
– Si avec de tels arguments tu ne donnes pas envie aux lecteurs qui ne connaissent pas encore… Je veux bien aller direct piquer une tête dans le styx ! On voit en fond de tes vidéos de nombreux objets dérivés d’Hellboy. Un préféré ? Un très très très rare ? Celui que tu n’as pas encore et qu’il va te falloir absolument ?
Interview JSPS Ced Wood

Photos de la « Hellcave » de Panatrog en mode panoramique ici

En voilà une question qu’elle est épineuse ! Si je devais choisir une seule pièce, et Diable sait à quel point c’est difficile, je dirais la statue produite par Randy Bowen en 1998 et limitée à 2000 exemplaires dans le monde, et sa sa déclinaison « faux bronze« , limitée à 100 exemplaires. Une merveille d’ingénierie « résinale ».
bowen hellboy bronze
– Suis d’accord, une pièce qui m’a d’ailleurs inspirée pour ma tête de Hellboy lifesize
Pour ce qui est de la plus rare, je dirais la figurine produite par Mezco en 2008 et limitée à 24 exemplaires dans le monde (précisions ici) ainsi que, pour sortir un peu du monde des toyz, la variant cover de « Hellboy : The Fury 3 » limitée à quelque chose comme 150 exemplaires dans le monde et qui douille aujourd’hui à un truc comme 500€. En sachant qu’elle n’a même pas deux ans d’existence au compteur, je vous laisse imaginer sa côte plus tard.
La pièce que je n’ai pas encore et qu’il me faut absolument ? Là, par contre, y’en a plein ! En premier lieu, et histoire de me tourner un peu vers l’avenir, je dirais la Premium Format Hellboy (version comic book) de Sideshow qui, si on croise fort les doigts, devrait sortir le mois prochain. Tout simplement la résine ultime pour un personnage qui fête ses 20 ans cette année. Un p***** de must have pour les fans qui désespéraient de voir le fabricant sortir un jour une nouvelle pièce du démon cornu.

httpv://www.youtube.com/watch?v=0VeMWaUYKqU#t=13

Et quelle pièce : un socle, deux accessoires pour ce dernier (un serpent et une grenouille) et 5 accessoires pour le personnage qui, en choisissant bien ceux que vous choisirez, vous permettra d’avoir, au choix, Hellboy ou bien son alter ego Anung Un Rama. C’est un peu comme si on avait une résine proposant d’afficher Bruce Wayne ou bien Batman. Mieux encore, avec cette pièce Sideshow Collectibles sera le premier fabricant de résine à proposer une pièce officielle représentant Anung Un Rama, la Bête de l’Apocalypse. Et quand on voit le soin apporté à cette mouture de la statue, on a les yeux qui saignent.
– Ouais, belle pièce c’est certain, mais je n’en suis pas si fan moi (le design s’éloigne trop à mon gout du style Mignola). Ta collection est hallucinante… C’est un vrai musée ! Je vois des photos de toi avec Mignola et del Toro… Tu gardes quel souvenir de ces rencontres ?
Très bon pour del Toro et mitigé pour Mignola. J’ai rencontré del Toro en 2006 lors d’une avant-première parisienne du film L’orphelinat qu’il a produit. Ce type posséde un bon fond, limite une âme d’enfant et ça transparaît tout de suite lorsque tu le rencontres. Il est passionné, passionnant, adorable, gentil, généreux (il a passé plus d’une heure debout à signer des dédicaces avec les fans venus le rencontrer à la fin de la soirée) et pas du tout effrayé par les gens qu’il rencontre. Ce mec aime les autres et ça se voit. Une vraie leçon d’humilité.
– M’étonne pas… Je me souviens de ce petit reportage où on le voit visiter le musée Gundam à Tokyo, avec des yeux de gosses ! 
Concernant Mignola, son de cloche un peu différent. J’vais pas trop rentrer dans les détails pour le coup mais disons que lorsque tu le rencontres, t’as en face de toi un mec froid, limite blasé. C’est assez dur de le définir dans le sens où il ne fait jamais signer ses dédicaces, et ce contrairement à beaucoup de ses collègues dessinateurs qui n’hésitent jamais à demander un p’tit billet pour une simple signature, qu’il est très courtois et se montre disponible avec ses fans lorsqu’ils viennent lui parler, mais bizarrement, tu sens qu’il met de la distance avec toi lorsque tu lui parle. « J’suis pas fermé, mais j’ai trop d’années de service dans la profession pour me laisser totalement approché par toi. » Ce type est une légende et il te le fait sentir.
Un exemple vraiment parlant : les dessins qu’il pourrait réaliser en convention pour ses fans. Mignola ne fait et ne fera jamais de croquis à qui que ce soit lors d’une convention. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il a compris que le fan qui viendra lui demander un sketch, tout mignon et propre sur lui soit-il, il le mettra en vente sur ebay aussitôt rentré chez lui. Mignola l’a compris et a décidé d’agir en conséquence en ne réalisant plus ce fantasme de fan d’avoir un p’tit croquis du Maestro. Il se méfie de ses fans et garde un peu de distance avec eux, mais tout en restant suffisament accessible et respectueux pour donner envie aux autres de venir le voir.
hellboy
– Le poids des photos hein… Tu souris avec del Toro, et tu fais la tronche avec Mignola ;) Une anecdote étonnante ou bien kiffante sur Hellboy ?
Hmmmm… Saviez-vous que lorsque del Toro était en pleine phase de négociations avec Columbia Pictures pour la production du premier film live Hellboy, c’était en 2002, les exécutifs de Sony tentèrent d’imposer The Rock dans le rôle titre, l’acteur étant à l’époque en pleine reconversion professionnelle. Mieux encore, ces mêmes exécutifs proposèrent à Del Toro de virer le fait que le personnage soit un démon rouge orné d’une queue et d’une main en pierre afin de n’avoir que The Rock à l’écran. Inutile de vous dire que cette vieille tentative de corruption a complètement foiré et que del Toro a pu imposer que son film soit suffisamment fidèle à la BD d’origine pour proposer au public le personnage de Hellboy dans un film intitulé Hellboy. Sont fous les mecs, j’vous jure.
– Eh ben ! Et son futur, à Hellboy ?
[attention spoiler] La question qui arrive deux ans trop tard. Hellboy étant maintenant officiellement décédé, je ne peux malheureusement plus sortir cette réponse toute prête afin de sortir un truc qui soit un minimum classe. Le futur de Hellboy se devra d’être vu en 4D (ouais, carrément) dans le sens où Mignola étant connu de tous pour dessiner à la vitesse d’un parpaing au galop (le truc qui ne va pas vite du tout, quoi), il faudra essentiellement compter sur les spin-offs de Hellboy pour se prendre du méga épique dans la face. Une fois que toutes les séries composant le HBverse seront terminées, je pense qu’elles auront de fortes chances d’entrer au panthéon de la bédé. J’vois bien cet univers séquentiel se terminer par une grosse claque envoyée direct dans les chicos des lecteurs.
Rien de bien prévu pour le moment à dire, si ce n’est que les choses allant de plus en plus mal dans le monde de Hellboy, les prochaines années risquent d’être assez tendues pour ses spin-offs, en mode destruction de grosses capitales et apparition de gros mecs bien vénères qui veulent tuer des trucs et faire péter des machins.
Pour ce qui est de la déclinaison cinématographique des aventures du démon cornu, on peut espérer voir un jour débouler sur les écrans du monde entier le troisième et dernier volet de la franchise Hellboy qui, si on en croit les déclarations tenues par del Toro lors de la dernière SDCC, pourrait peut-être et éventuellement se faire chez Legendary Pictures après la sortie du prochain Pacific Rim. Mais là encore, rien n’est fait…
– On termine avec les classiques question de fin de JSPS : si tu étais un super-héros ? Un monstre ?
Je dirais « Sépakokasse-Man« . Un super-héros dont le super-pouvoir serait de pouvoir se téléporter à volonté auprès de toute personne vivant une situation dégradante et humiliante afin de lui sortir un « C’est pas cocasse ce qui t’arrive, mec« . Rien de mieu qu’un super-héros dont la passion serait de faire chier le monde entier en toute impunité. Ben ouais, va dire à Superman de rentrer son slip dans son froc… Hein ? Quoi ?! On s’la raconte moins maintenant, hein ?!
– Arf… Et côté monstre ?
Allez, je dirais le Predator. Parce qu’il pète la classe avec sa gueule de pas porte-bonheur. J’ai toujours eu vrai un kiff sur le design de ce monstre qui m’a juste traumatisé quand j’étais môme.
– Merci Panatrog ! Et à bientôt sur L’univers du démon cornu !

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